Confession d’une Coronée

En mars 2020, un groupe de voyageurs se retrouve bloqué sur une plage déserte d’une île cambodgienne et vit une réalité bien différente de celle du reste du monde : confinement hors-norme au Cambodge.


Koh Rong, sable blanc, plage immense, palmiers, eau transparente, corail à perte de vue, quelques tentes, un ponton, la jungle partout autour et une quarantaines de personnes, voici le décor dans lequel ils ont vécu : backpackers, vacanciers, digital nomads, joueur de poker professionnels et expats pendant la crise sanitaire Covid-19 qui débute en mars 2020 et qui a bousculé le monde. Israéliens, Anglais, Américains, Français, Tchèques, Belges, Polonais, Argentins, Italiens, Biélorusses, Sud-Africain, Marocain et bien-sûr Khmers, tous entre 20 et 50 ans, ils ont vécu sous des tentes dans un beach-hostel situé sur la plage à même le sable. Arrivé en catastrophe fin mars 2020 au moment où l’Asie du Sud-Est se vide des Chinois, où l’Europe se confine face au décompte affolant de contaminations et de morts et où tous les voyageurs se ruent dans les aéroports pour rentrer chez eux, ils se réfugient sur une île du sud du Cambodge, Koh Rong. Cette expérience changera leur vie à jamais. J’y étais. Alors qu’une pandémie mondiale venue de Chine affole et effraie la planète, nous avons vécu loin du chaos sur une plage de rêve. Inspirés par la beauté du lieu, nous nous sommes interrogés sur notre destin et les événements qui nous ont conduits jusqu’à cet endroit protégé de la folie Covid. Je vous raconte.

« 3$/nuit pour une tente sur le sable avec vue sur mer. À 8h00 plus d’électricité car le générateur à gasoil est coupé. Le ventilateur s’éteint. On cuit sous la tente. On se lève, marche 5 mètres sur le sable blanc qui sépare les tentes de l’océan turquoise. Premier bain du jour, 33°. On est au bon endroit »

26 mars 2020 – Nay, backpackeur français

Au programme de la matinée : baignade dans les eaux translucides de ce paradis peu connu, petit déjeuner, sieste dans les hamacs, papotage. L’après-midi c’est tournoi de volley ball, baignade, hamac, roulage de cigarettes magiques, macramé, atelier attrape-rêve, lecture, le tout avec une bière à la main : 1$ la bière (0,80€). Et quand le goût rance de la Klang (bière khmer, ndlr) n’est plus supportable, la bouteille de Khmer Whisky 31 est à 2,5 US$, on peut en boire. Pour les plus motivés qui souhaitent s’évader du campement, ça sera exploration de l’île en scooter. Il n’y a pas de route, c’est sportif, les scooters sont rendus en piteux état aux khmers qui les louent 10$/jour. On traverse la jungle sur des chemins qui font à peine 50cm de large, fait bondir le scooter sur les rochers qui parsèment la route et on finit par pousser les bécanes qui s’enlisent dans le sable pour aller se baigner sur d’autres plages encore plus blanches et bleues. Le soir, c’est pool killer (compétition de billard, ndlr) ou Tequila Bingo, avant de brancher les enceintes sur la plage et de se baigner au milieu des planctons bio-luminescents ou d’admirer les éclairs qui tombent par dizaines sur l’océan parfois jusqu’au lever du soleil. On s’endort dans le sable devant les tentes et on se glisse à l’intérieur lorsque la marée ou la lumière du soleil nous réveille.

« Des heures à se baigner dans ses eaux qui n’ont rien a envier aux Maldives, à rigoler et faire des jeux de mots en fr-anglais : this is the life »

29 mars 2020 – Eva, backpackeuse française

À quelques centaines de mètres du campement, sur la même plage, dans le prolongement du Ponton, on trouve Pub Street une rue bétonnée sur la plage d’environ 100 mètres constituée d’un bâtiment en long entouré de jungle, découpé en petits locaux. Ils abritent deux mini boutiques pour acheter eau, alcool, crème solaire, cigarettes et smoothies, un restaurant resté ouvert et un centre de plongée, les 7 autres bars et restaurants ayant été complètement désertés. On compte également 4 autres resorts restés ouverts qui s’étalent sur une plage de près de 4 km de long. D’ailleurs, des bateaux continuent d’arriver chaque jour, ramenant quelques personnes du continent.

L’hostel-camping est géré par un couple anglo-khmer et une équipe d’anglais et d’européens du Nord, volontaires ou salariés et du staff khmer. Tous vivent au paradis et malgré la crise touristique due aux Covid-19, ils tentent de garder des pensionnaires et de faire tourner le restaurant et le bar pour que l’établissement reste ouvert et qu’ils puissent ainsi continuer à vivre dans leur paradis de longue date.

« On se lève quand on veut, se baigne, trinque, discute avec les jeunes et le soir, on joue à des jeux d’alcool avec eux jusqu’à ce qu’ils roulent par terre »

3 avril 2020 – Clark, l’un des manager du resort

Avant d’arriver dans ce paradis inespéré et vidé de ses touristes et backpackers (voyageurs low cost en sac à dos, ndlr), on a tous dû prendre une décision : faire comme la majorité des gens c’est-à-dire rentrer chez nous dans nos pays avec un billet d’avion de dernière minute ou prendre le risque de rester dans un pays dont on ne connaissait rien, que les frontières se ferment et qu’on soit bloqué pendant des semaines voire des mois dans un pays où on avait juste prévu de passer quelques jours ou semaines.

C’est en effet ce qui s’est passé. Arrivés au Cambodge en mars, les premiers d’entre nous repartent en Europe en juin, puis juillet puis septembre. Mais certains continuent le voyage (USA, Mexique, Turquie, Tanzanie) ou visitent le Cambodge (jamais confiné) puis retournent sur l’île de leurs rêves aussi souvent qu’ils le peuvent.

Comment tout à commencé

Le 17 mars 2020, le Cambodge annonce la fermeture des frontières, c’est-à-dire que plus personne ne rentre. Évidemment il est possible de partir, mais par voie aérienne uniquement car les pays limitrophes prennent la même mesure. Impossible de se rendre au Vietnam, en Thaïlande ou au Laos. La plupart des pays dans le monde suspendent à leur tour les visas tourisme. Seul le pays natal accepte la migration mais la plupart des vols sont annulés.

Le 7 avril, un premier avion affrété par l’ambassade de France rapatrie des français, des belges, des suisses et autres dans un Phnom Penh – Paris. Dans l’hostel, on perd 11 français d’un coup. Pour nous, c’est la fin des soirées françaises psytrance et le début des soirées Drum & Bass des anglais alors supérieurs en nombre.

Lola, une anglaise de 22 ans, voyage en Asie du Sud-Est avec une amie. Après avoir visité l’Indonésie et la Thaïlande elles se rendent au Cambodge pour voir les temples d’Angkor. Lors de la folie Covid, son amie prend un billet d’avion pour rentrer en Angleterre. Lola choisit de rester au Cambodge. Elle prend un bus de nuit direction Sihanoukville, sorte de Macao cambodgien, qui a été pris d’assaut par les mafias russes et chinoises et où on compte des dizaines de casinos. C’est la ville où se trouve l’embarcadère pour Koh Rong.


Extrait du carnet de voyage de Lola du 22 mars 2020 le jour de son arrivée sur l’île :

« Après 13 heures de bus de nuit, j’arrive à Sihanoukville, la ville où je vais prendre le bateau pour l’île. C’est la ville de l’enfer on dirait qu’elle a été bombardée ! C’est le chaos total ! La ville de l’hydrogel, c’est horrible. Il y’a des hôtels de 30 étages et des casinos partout. Il n’y a pas de route, des centaines d’ouvriers déambulent dans la poussière. Je suis dans le Tuk-Tuk en direction de l’embarcadère, je porte un masque il fait 1200 degrés. Le Tuk-Tuk contourne un immense rond point avec deux lions dorés géants. C’est kitch ! Ça y est le cauchemar est fini, je suis dans le bateau. C’était quoi cette ville ? Je n’en reviens pas ! On me re-spray les mains, hydro-life. Mon dieu mais c’est la fin du monde. Est-ce-que je n’aurai pas du rentrer en Angleterre avec ma pote ? Il y aura d’autres avions de l’ambassade je vais m’inscrire, comme ça, si jamais je veux rentrer j’aurai le choix ».


Les autres pensionnaires sont surtout des voyageurs, certains sont volontaires dans l’hostel afin de ne pas payer leur hébergement, d’être nourris et logés. Le volontariat est une pratique courante chez les backpackeurs. Cela permet de voyager à moindre coût, faire des rencontres et d’être occupé et investi dans la vie locale.

« J’ai un studio de musique en Chine, je suis venu au Cambodge pour renouveler mon visa chinois, car tu dois sortir du pays pour renouveler, et là le Covid est arrivé et donc pour l’instant je ne peux plus retourner en Chine »

6 avril 2020 – Kylito, Sud-Africain

Nombreux sont les expatriés en Chine qui faisaient leur visa run, c’est-à-dire sortir du pays quelques heures ou jours pour faire renouveler un visa dans un ambassade chinoise située en-dehors du pays. A Tonsai, Pai et Koh Phi Phi en Thaïlande ou El Nino aux Philippines, c’est aussi le cas de Kylito et d’autres qui se retrouvent à Koh Rong. Mais à long terme la réalité est moins drôle, sans revenu depuis qu’il a quitté le pays en mars 2020, plus d’un an plus tard, en avril 2021, il est toujours au Cambodge et n’arrive pas à rentrer chez lui, en Chine. Par ailleurs, il n’est pas si simple de vivre dans des pays si pauvres, tels que le Cambodge, avec si peu de confort, d’hygiène et d’infrastructures quand on est habitué à vivre dans les pays les plus riches du monde. Sueur, sable, eau sale et polluée, maladie, infections de la peau, dengue, hépatite, chikungunya, accident de moto et alcoolisme sont des fléaux qui touchent les expatriés des pays d’Asie du Sud-Est et de nombreux voyageurs qui restent dans la région pendant plusieurs mois.

« En 2020, j’ai pris des antibiotiques tous les mois. Plus que dans toute ma vie »

Sandra touriste anglaise

Toujours connectés à la réalité de la Chine et de l’Europe via les réseaux sociaux, les chanceux de Koh Rong s’interpellent. La journée, la plage, la marée, le ciel, l’eau, l’horizon changent de couleur toutes les heures. Le sable est tellement fin qu’il crépite sous les pieds telle une petite musique aiguë. La plage est belle à mourir et est déserte, elle est à nous. Sans l’apocalypse Covid-19, la vie sur cette plage aurait été un rêve et l’un des plus beaux endroits que la plupart d’entre-nous aurait visité dans notre vie, mais l’ambiance est étrange. Familles, amis, connaissances toujours en Europe paniquent, se dénoncent, se critiquent, ils vivent une situation sans précédent. On lit sur Facebook « Italie fin avril, 30 000 morts en 2 mois ». D’abord la Chine, puis l’Europe, la dimension mondiale du virus fait perdre la tête. Ça n’est pas une blague et ça dure : mars, avril, mai. On espère que la remontée des températures à l’été fera ralentir la propagation et annuler les mesures liberticides prises par les gouvernements en Europe.

« C’est la fin du monde », « Ils vont nous injecter une puce pour nous traquer en même temps que le vaccin », on lit de tout sur internet. Les complotistes sont déchaînés. Sur les réseaux sociaux, dans les groupes consacrés aux voyages, les gens s’insultent et se traitent d’irresponsables lorsque quelqu’un ose poser une question à propos d’un voyage qui devait avoir lieu durant l’été 2020 ou plus tard dans l’année.

Les personnes naturellement confinées sur l’île de Koh Rong sont tiraillées. Certains décident de couper les portables et de vivre leur réalité. Celle d’une vie de rêve sur une plage de rêve avec des amis pour la vie. C’est comme une famille. D’autres se cachent sur les réseaux sociaux et ne partagent plus de photos qui font envie à leur proches. On vit dans un monde parallèle, deux réalités et l’impression d’un scenario de mauvais film. Certains jours on en vient même à se demander si ce qui se passe en Europe est réel ou si les réseaux ont pris le contrôle de nos téléphones et qu’on se fait manipuler. Malheureusement, nos proches nous confirment la réalité du Covid.

– « Entre Angkor et le Covid à Koh Rong, j’ai trouvé la foi. Cette situation prouve que rien n’est au hasard et que tout est parfait. Je deviens végétarien pour me rappeler 3 fois par jour que j’ai la foi en l’univers, dieu. Je ne suis qu’un humain, comment j’ai pu croire que je pouvais choisir pour ma vie ? »

– « Okay, mais c’est quand même toi qui a fait le choix de plaquer ta vie à Bruxelles pour parcourir le monde au fil des rencontres et opportunités. Tu as crée la chance que tu as aujourd’hui ! »

– « Peut-être mais la situation, plus la beauté de ce lieu, plus tout l’amour qu’on se donne les uns aux autres et l’entente entre-nous, ça ne peut pas être le hasard, ni moi seul. J’aurais pu me retrouver avec des gens bêtes ou méchants. Dieu existe ! »

5 avril 2020 – Discussion dans l’eau à l’heure du lever de lune

Certains jours on se croirait dans un remake de La Plage avec ce bon vieux Leonardo. Et on comprend ce que Alex Garland, l’auteur du livre à l’origine du film, a du expérimenter sur des îles désertes lointaines dans des communautés hippies coupées du monde.


Extrait du carnet de voyage de Jake du 10 avril 2020

« Le virus est mental, on vit dans une bulle. D’ailleurs le soleil et la lune font la même taille, ils ont sûrement été mis là juste pour nous faire croire qu’on est bloqué dans une bulle qui flotte dans l’univers au milieu de nulle part pour nous obliger à rester. C’est pareil pour le Covid, on fait croire aux gens à un virus pour qu’ils restent dans un mode de vie totalement lunaire qui les aliène, les fait souffrir et les empêche de vivre leur vie. »


L’avion français est annoncé, un groupe de francophones loue des scooters pour explorer l’île avant le départ pour Paris dans une semaine. 2 par 2 sur les bécanes toutes cabossées en route pour Long Beach une plage turquoise de 7 km de long quasi déserte orientée Ouest qui offre une vue imprenable sur le coucher du soleil. Au retour, de nuit, la roue du scooter, à bout de forces, crève. Sans phare, à deux sur le scooter et à 10 kilomètres du campement, sous le ciel étoilé, la situation est étrange. « On se prend pour les rois du monde mais on voit finalement notre limite. Si on doit passer la nuit dans la jungle c’est moins drôle » déclare Nay à Clara qui prie à l’arrière du scooter tout en tenant la torche du téléphone pour éclairer la piste constituée de roches et de poussière. Finalement, en roulant à 10 km heures, ils voient apparaitre la plage. Impensable, encore une fois ils se sentent bénis, ont le sentiment que leur potentiel est immense.

L’une des tentes sous un arbre à noix de cajou

10 avril 2020, 4 jours avant le nouvel an Khmer, le gouvernement annonce que les vacances nationales sont annulées pour éviter que les khmers se déplacent dans le pays et éviter une possible propagation du virus. C’est une triste nouvelle et probablement la seule réelle conséquence du Covid-19 au Cambodge au printemps 2020. Nous fêtons le nouvel an en famille avec les khmers du village qui nous étalent de la farine sur les joues et avec qui on trinque. Ces familles qui au début du Covid nous ignoraient voir nous évitaient, de peur qu’on leur transmette le virus. Ce fut d’ailleurs le seul réel ressenti de l’existence du virus sur l’île : la peur de ce dernier, comme partout dans le monde, la peur d’une rumeur.

Eux aussi ont connu la peur. La peur que l’ordre change : plus de foi, ni loi. On se tue dans la rue, c’est la purge. On oublie vite cette pensée. On est content de savoir que la planète se rebelle contre l’humanité et contre son système destructeur mais en même on flippe.

Pour les locaux aussi la situation est spéciale. Au début apeurés d’attraper le virus au contract des touristes chinois ou occidentaux. Ils ont vite le sentiment que le pays est épargné, comparé à leur voisins Vietnamiens, par exemple. Cependant, la saison haute a été basse. La plupart des touristes sont repartis début mars et ceux supposés arriver au printemps puis à l’automne n’atterriront jamais. Par ailleurs, un responsable du gouvernement d’un pays voisin déclare :

« Coronavirus, maladie de riches, ici on a des maladies qui touchent et tuent beaucoup plus de gens ».

12 avril 2020 – Déclaration d’un responsable d’un des gouvernements d’Asie du Sud-Est

On verra par la suite que 2020 sera une année économique très difficile pour les khmers à cause du manque de touristes. D’ailleurs, le court-métrage « Act of kindness Khmer Film«  retrace la réalité de la crise économique qui touche le pays entre 2020 et 2021. Néanmoins, le Cambodge et sa population sont épargnés par le Covid-19, le confinement et les couvre-feux dont ils entendent parler dans le reste du monde. Les mesures gouvernementales qui ont consisté à confiner le pays de l’intérieur, en fermant les frontières aux nouveaux arrivants, exceptés quelques ministres étrangers, ont été très efficaces. D’ailleurs, seules ces élites autorisées à entrer dans le pays ramèneront le virus dans le royaume à quelques reprises. En interne, le pays connaît une semaine ou deux de limitation des déplacements entre les provinces sur toute l’année 2020. Pas de confinement, pas de couvre-feu et quasi pas de masques. Du moins pas pour des raisons liées au Covid-19. Au Cambodge, on porte le masque pour se protéger de la poussière des routes et du soleil qui tape. À la capitale, masques et gels hydroalcooliques sont à disposition dans la plupart des centres commerciaux.

En avril, sur l’île, le nombre d’expats et de touristes diminue au fil des semaines. Certains partent à la capitale pour tenter de prendre une avion pour rentrer dans leur pays d’origine. On se retrouve de plus en plus isolés sur notre coin de paradis. Notre hostel prend des airs de Club Med, on se détend, on joue, on bavarde.

– « Il se passera quoi si les companies aériennes font faillite ? Si on ne peut plus rentrer ? Si ça prend des mois voir des années car le système s’effondre totalement ? Si la famine s’empare du pays et que les khmers se révoltent contre nous, nous volent ? Nous tuent ? »

– « Arrête ta parano ma vieille et passe moi ce truc qui te fait psychoter. C’est mon tour de fumer »

15 Avril 2020 – Discussion dans les hamacs face à la mer

Mais la certitude prend le dessus, elle émane de la couleur de l’eau, des couleurs du ciel qui inondent leur yeux, elle se nourrit de leurs ombres projetées sur le sable la nuit par la lumière de la lune, des vagues dansantes dont l’ombre se reflète sur le sable immergé au clair de lune, des formes et des couleurs des nuages. Nos yeux et notre conscience sont là pour voir tout cela et le ressentir. Les mots nous manquent pour décrire la beauté de la nature, de la vie en laquelle on a envie de croire et qu’on a envie de transmettre à la planète et à l’univers. Dire la vérité, dire aux gens qu’ils se trompent, qu’une autre vie est possible qu’il suffit d’y croire, de refuser la peur, d’accepter l’amour pour atteindre la foi.

« Tu penses qu’on mérite d’être là ? Qu’on est spéciaux ? Le monde s’effondre et nous on vit notre meilleure vie avec des gens géniaux dans un cadre de rêve ? C’est quoi la logique ? Je veux comprendre »

17 avril 2020 – Nounours, YouTuber Américain

Pendant qu’ils discutent de cela pendant des heures, la lune se balade dans le ciel. Croissante, décroissante, la nuit de pleine lune arrive enfin, on fait un feu et on danse autour jusqu’au lever du soleil car c’est tout ce qui compte : célébrer la vie pour qu’elle existe encore malgré tout ce qu’il se passe ailleurs. Le temps n’existe plus, il n’a jamais existé. Comment on a pu se faire berner pendant tant d’années par un système aussi oppressant ? Peu importe, il n’est jamais trop tard pour être libre et conscient. Au final l’important n’est pas d’avoir raison, mais de retrouver la raison. Si les points de vue sont personnels, la conscience elle, est universelle.

Qu’est-ce-qu’on découvre au fond de soi et partage avec des inconnus devenus des frères et soeurs quand c’est la fin du monde et qu’on arrive au paradis ?

Berty, expats français

Tout et rien, car c’est là le sens de tout. On ne fait plus qu’un avec le tout : Pourquoi moi ? Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi avec eux ? Inutile de chercher à comprendre, il n’y a ni logique, ni chance, ni dieu, que des faits, des événements et ce qu’on en fait. D’ailleurs les autres rentrés des semaines et mois plutôt, ceux qui n’ont pas eu confiance, n’ont pas suivi leur intuition ou n’ont pas reconnu l’évidence, qu’ils étaient au bon endroit et n’ont pas accepté leur destin le regretterons. A Koh Rong, la comparaison de cette réalité par rapport à celle du continent, de l’Europe et de la Chine devient l’un des sujets de conversation principal et l’origine de nombreuses réflexions et d’une énergie sans précédent. Nounours pondra un livre audio en 1 semaine qui sera téléchargé des milliers de fois en 2020. Ils partagent tout, ils ont confiance, ils ont la Foi, non pas en un dieu mais en le tout. Ils pensent avoir été choisis pour expérimenter ce que la vie peut être. Le système qui les aliénait, les rendait esclaves de normes et économiques et sociales et finalement les rendait si malheureux, ce système est en crise, il s’effondre, et là où ils sont il n’existe plus, à vrai dire il n’a jamais vraiment existé là-bas sur cette île perdue d’Asie du Sud-Est. Ils se sentent libérés : tout est possible, tout est simple, tout est parfait, vivons libres pour toujours. Il ne s’agit plus de croyances, mais d’un mode de vie, ce qu’on décide de croire, qui on décide de croire, ce qu’on décide de faire … ou non.

À l’intérieur ils refusent le Covid et ils sortent du Covid avant même d’en avoir fait l’expérience. Ils refusent la collaboration Covid et ils refusent d’aller ailleurs où ils pourraient prendre le risque d’être confronté à cette rumeur. D’ailleurs, ils apprendront par la suite que sur l’île d’en face située à quelques km, la situation Covid a été très différente. Les occidentaux ont été confinés dans les hôtels et guesthouses : collection des passeports, photos, interdiction de sortir, livraison de la nourriture à domicile et désinfection des zones de contacts, etc. Là-bas, la psychose a pris le dessus malgré le fait que le pays ait officiellement répertorié moins de 500 cas et compte 0 morts pour l’année 2020.

L’importance du groupe est primordiale dans l’expérience qu’on a vécue en ce temps-là.

« Twenty-twenty (2020), meilleure année de ma vie »

23 avril 2020 – Anush, volontaire polonaise

Qu’est-ce-qui a fait qu’on se soit tous retrouvés là sur ce bout de sable à ce moment précis ? Tout et rien, c’est ça la Foi, rien n’a comprendre, tout à vivre. On est des âmes soeurs et on est lié à jamais.

Certains soirs, les garçons s’engueulent, trop d’alcool. Cinq ou dix soirées de suite jusqu’au petit matin à rouler dans le sable, à rire et à pleurer : « hyper heureux ou hyper énervé, t’es dans la balance et à ce moment là t’es dans la vérité ». « Frustration par rapport à ce qui se passe ailleurs et en même temps notre réalité est si belle que quand je retourne dans l’eau je m’en fous de tout ». « L’important c’est ce qu’on ressent : don’t be sorry, be wise (sage en anglais, ndlr) ». « C’est le début de la prise de conscience que t’étais inconscient depuis le début. Le chemin vers l’éveil qui est le « f*ck off, quitte ta life et vis maintenant ».


Extrait du carnet de voyage de Nay du 10 mai 2020 :

« Mi mars : la paranoïa s’installe, les plus téméraires se réfugient sur les îles. Nous sommes tous arrivés au même moment, the show must begin bienvenue au Club Med! Mi mars fin mars : le monde est paralysé, tout s’arrête. C’est le moment pour nous d’écrire notre histoire faite de folie, de sables fins, d’amitié et d’amour. Un condensé de relations humaines dans un endroit paradisiaque, Reef on the Beach. Fin mars fin avril : départ des légionnaires français, resteront les derniers soldats et notre armée de British, Polak, Ricain. On est en train de changer nos vies sans s’en rendre compte. Ce qui resteront deviendront la Covid Family! On vit à 100%, on fait tout ce qu’une île puisse nous proposer de faire jusqu’à organiser la première soirée techno de l’île « post confinement paradise » sur un coucher du soleil magnifique s’éteignant dans la jungle dont seule cette plage a le secret (j’ai plus le nom du bar). C’est l’apogée de notre aventure sur l’île, on est les rois du monde finissant même par cuisiner notre propre nourriture dans notre cher bungalow front beach négocié à prix d’or. Que dire de cette soirée ? Anniv de la magique Anush, première soirée et dernière soirée de ce nouveau monde à Police Beach composée en majorité des locataires du Reef. Et nous, nous nous étions déjà tous mis d’accord, sans se le dire, que le meilleur moment serait de contempler le lever du soleil. Nous étions tous en connection. Au lieu de se dégoûter complètement de cet endroit magique et après avoir fait ce qu’on avait à faire sur l’île, il était temps de voler vers d’autres horizons. Kampot. »

Alors c’était ça l’Homme Libre dont on nous parlait depuis le début ?

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Publié par Amé

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