Digital Nomad : sexting sur les îles d’Asie du Sud Est

« En ligne, je suis une femme de 70 ans ou une plus jeune avec toujours un profil différent, qui envoie des messages à caractère plus ou moins sexuels à des hommes qui sont connectés à des appli de rencontres ou à des Chat » déclare Tim un slovaque de 31 ans qui vit sur une île paradisiaque du Cambodge, Koh Rong Sanloem, prisée des backpackeurs, digitals nomades et expats qui y vivent à la saison au rythme des fêtes, des couchers de soleil et de la bière à 1$.


Sexting, c’est la contraction de l’anglais « Sex » et « Texting » (envoyer des messages), c’est-à-dire envoyer des SMS sexuels

Deux instructeurs de plongée, une Danoise et son fiancé Belge, à qui le Covid-19 a retiré la clientèle et la vie de rêve, se sont aussi mis au sexting. Vivant jusqu’ici de leur passion, la plongée, dans un cadre idyllique, la fermeture des frontières du Cambodge, aux touristes, le 17 mars 2020 a radicalement modifié leur mode de vie. Plus de touriste, plus de plongée, plus de revenu, mais pas question de quitter le paradis. Ils ont donc choisi de ne pas rentrer en Europe où le confinement sévit. Ils ont quitté leur île pour une autre voisine où une communauté d’expats, qui accueillaient des vacanciers et des backpackeurs dans leurs guest-houses ou hostels, survit au paradis loin des masques du continent et du confinement de l’Europe. Dans ce village khmer, les expats et locaux se sont organisés pour soutenir suffisamment le village malgré l’absence de touristes et pouvoir y vivre. Nombreux sont leurs amis et collègues qui ont dû rentrer en Europe ou aller travailler à la capitale (Phnom Penh) par manque de touristes, de revenus et d’opportunités.

Mais ça n’est pas le cas de tout le monde. Pour Tim, qui est « gay et marié a une Allemande de 46 ans rencontrée sur l’île il y’a 2 ans » cette vie est « priceless » (en anglais : n’a pas de prix, ndlr). Faire la fête, rencontrer de nouvelles personnes chaque jour, vivre dans un cadre de rêve avec des hippies et des vacanciers. Déjà avant la crise Covid-19 il ne comptait pas s’établir en l’Europe car le mode de vie ne lui convient pas, mais suite à la crise sanitaire il fera tout pour rester dans son paradis et ne pas rentrer en Europe devenue selon lui « l’enfer sur terre ».

Tim, ses deux amis instructeurs de plongée et d’autres foreigners (en anglais : étrangers, ndlr) sur l’île, 10 au moins, sont très contents de faire du sexting.

Ils travaillent pour une entreprise qui leur fournit un interface et des centaines de faux profils de femmes qui leur permettent de rentrer en contact avec, principalement, des hommes sur des sites de rencontres et des Chat. Pour chaque message envoyé pour lequel ils reçoivent une réponse ils sont rémunérés. Ils perçoivent également une commission à chaque fois que les hommes achètent des packages pour chater, ou s’abonnent au site ou au Chat. En effet, sites et appli sexe ou rencontres comptent rarement le même nombre d’hommes et de femmes. De ce fait des faux profils sont créés avec des photos de femmes trouvées sur internet. Tim, Isa et Nico ont chacun des profils et sextent des dizaines de personnes à la fois, à des heures convenues avec l’entreprise qui gère la plateforme.

Légalement, il ne s’agit pas d’une arnaque puisque les termes et conditions d’utilisation de ces sites et appli précisent que certains profils sont faux. Pour le sexteur, le challenge est de trouver des excuses pour ne pas donner son numéro de téléphone à la personne avec laquelle ils chattent pour continuer de discuter via l’application. Les conversations peuvent durer des mois. La plupart des sexteurs que nous avons rencontrés sont des hommes hétérosexuels, mais parfois homosexuels qui se font passer pour des femmes et sextent d’autres hommes.

Tim sexte le plus souvent de 1 heure à 7 heure du matin. La clientèle est basée en Europe et aux Etats-Unis, le Cambodge compte 6 heures de décalage avec la France et la Slovaquie donc à 1 heure du matin au Cambodge il est 19 heures à Paris et à Bratislava, heure à laquelle les abonnés se connectent le plus.

8h par jour, 6 jour sur 7 pour environ 1000$ de salaire par mois quand le salaire moyen mensuel au Cambodge est de 123$.

La plupart des expatriés et retraités étrangers vivent au Cambodge avec 600 à 800$ par mois. Les 1000$ d’Isa sont largement suffisants pour lui assurer un mode de vie de luxe sur l’île où elle a choisi d’habiter en attendant de pouvoir redevenir instructrice de plongée.

Bloqué au Cambodge à cause du Covid-19, pas question de rentrer en Israël.

Halif, un jeune israélien, qui avait fini son service militaire en 2019 et qui voyageait autour du monde s’est retrouvé bloqué au Cambodge à cause de la crise Covid-19 et de la fermeture des frontières l’empêchant de visiter le Vietnam et l’Indonésie comme il l’avait planifié. Il refuse de rentrer en Israël, où la situation sanitaire, à laquelle s’ajoute la situation politique, limite drastiquement les libertés, tandis qu’au Cambodge le Covid-19 n’est qu’une rumeur lointaine.

Halif qui vit sur une île plus à l’ouest pratique aussi le sexting. Il travaille 3 heures par jour et le reste du temps profite de la plage, fait du yoga, de la méditation, marche dans la jungle, qui recouvre la quasi totalité de l’île, pour se rendre sur les nombreuses plages désertes qu’abrite l’île.

Son logement lui coûte 100$/mois pour une chambre avec une cuisine, il achète ses légumes au village khmer et s’offre parfois un repas au restaurant (2-3$). Il vit simplement au paradis loin du chaos mondial.

« Le paradis n’a pas de prix mais quand même parfois on rigole bien » déclarent Tim et Halif au sujet de certaines demandes des abonnés aux sites et appli auxquelles ils sont confrontés et doivent répondre.

« On reçoit souvent des photos assez osées mais c’est drôle et ça n’est rien comparé à la liberté que le sexting peut nous offrir. »

Halif, 22 ans

Les filles de l’île d’en face pratiquent le Sex-Cam qui consiste à regarder des hommes ou femmes se masturber en ligne ou à leur envoyer des vidéos fétichistes à caractère non sexuel. Bien vêtues, elles tournent sur elles même le front sur un balais pendant quelques secondes, puis prennent un shot de Tequila pendant que les autres filles lui jettent un verre d’eau à la figure. Aussitôt filmé, aussitôt envoyé via l’appli et l’argent empoché.

« 20$ chacune pour cette vidéo qui prend 2 minutes à faire. »

Clara, 23 ans

Déclare Clara une Écossaise qui vit sur l’île depuis des mois, et pratique cette activité, avant de se diriger vers le bar pour prendre un autre shot et rigoler avec ses amis qui assistent à la scène.

Une Argentine déclare avoir vendu ses cheveux sur internet pour 600$ « et ça n’était pas pour faire des perruques ! » Déclare-t-elle avant d’éclater de rire. En effet, le site buyandsellhair.com, met en relation des personnes qui souhaitent vendre leur cheveux pour la fabrication de perruques. Néanmoins, des fétichistes qui souhaitent se procurer des cheveux humains pour réaliser leurs fantasmes sont prêt à offrir 3 à 10 fois le prix annoncé par les vendeurs de cheveux sur le site. C’est de cette façon que la jeune fille a pu vendre les siens 600$ au lieu des 200$ qu’elle avait annoncés.

Pour le Cambodge, confiné de l’extérieur depuis mars 2020, le Covid-19 n’est qu’une rumeur lointaine.

En effet on compte 364 cas de Covid-19 recensés dans le pays et 0 mort. Depuis la fermeture des frontières en mars 2020, toutes les personnes détenant un visa touriste se sont vu refuser l’entrée au Cambodge. Seuls les hommes politiques, diplomates ou détenteurs d’un visa travail ou business sont autorisés à entrer dans le pays sous certaines conditions (dépôt de garantie, quarantaine, tests, etc.)

Grâce à ce confinement efficace de l’extérieur, aucun confinement en interne et aucune altération des transports n’ont été déclarés, les masques sont recommandés dans certaines villes ou dans les transports mais pas obligatoires. Il est possible de voyager vers son pays d’origine ou vers un pays qui accepte les touristes (Turquie, Tanzanie, par exemple) ou dans un pays pour lequel on détient un visa business ou travail et qui accepte la migration malgré le Covid-19.

Tous les sexteurs attendent cependant la fin de la crise Covid-19 et la remise en route du tourisme. Les instructeurs pour recevoir des passionnés de plongée qui afflueront du monde entier, Tim pour reprendre sa place derrière le bar lors de soirées organisées non-stop pendant la saison haute, Halif pour s’envoler pour le Vietnam qu’il traversera du Nord au Sud en moto en longeant la côte, et les filles pour travailler au bar et voir l’île se remplir de beaux gosses fraîchement débarqués du monde entier.


Edité par Pluchon

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Publié par Amé

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